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LES ENVIRONS DE LAVANTA ET DE YALIKAVAK

Par Andrew Byfield et Rosemary Fitzgerald
Traduit de l'anglais par Francine Mykita



Les environs de Lavanta et de Yalikavak

Si l'on veut se détendre une journée sans trop s'éloigner, le village grec déserté de Sandima et son isolement romantique, la côte sauvage de la péninsule de Kütür et la palmeraie de Gölköy offrent de nombreuses opportunités pour la randonnée et l'observation des fleurs et des oiseaux.

TURKEY'S FLORAL RICHNESS

La grande richesse de la flore turque est étonnante. Sur un ensemble de près de 9 000 espèces de plantes locales, 3 000 environ sont introuvables ailleurs. L'Europe tout entière n'affiche que 12 000 espèces. Un botaniste passionné a toujours la possibilité de découvrir une plante nouvelle, inconnue de la botanique. Au cours de la dernière décennie, c'est en moyenne 41 nouvelles espèces qui ont été répertoriées chaque année. L'équivalent d'une nouvelle plante tous les 8 jours et 32 heures. La plupart des dernières trouvailles, comme un spectaculaire crocus et un fritillaire ont été trouvés dans le sud-ouest du pays. En fait, les provinces de Mugla où se trouve l'hôtel, et la province voisine d'Antalya, sont les deux régions où la flore est la plus riche de Turquie.

La péninsule de Kütür est un ensemble de falaises rocheuses qui ferme la perspective en contrebas de Lavanta. C'est un bel endroit pour effectuer une journée entière de randonnée pédestre. Depuis Lavanta, il faut descendre jusqu'au village de Yalikavak, prendre la première route importante sur la droite en arrivant au village et suivre les panneaux bleus qui indiquent Dodo Beach. La route serpente le long de la baie de Yalikavak jusqu'au nouvel emplacement de Bahçe, avant de monter jusqu'au promontoire. Dodo Beach est bien indiqué et c'est l'endroit idéal pour stationner et pour commencer la randonnée. Il faut suivre à pied la route non goudronnée le long de la côte nord pendant 15 à 20 minutes jusqu'à ce qu'on arrive à une aire arborée et clôturée appelée Atatürk Ormany, plantée par la municipalité de Yalikavak (le chemin est praticable en 4 X 4 par temps sec). La route s'arrête ici mais une courte promenade sur la crête vous conduit aux falaises sauvages et offre de magnifiques points de vue sur la myriade d'îles de la mer Egée. De là, nous avons emprunté plusieurs sentiers qui irradient la côte sauvage et nous supposons qu'il en existe bien d'autres dans toute la péninsule, mais des pluies abondantes nous ont précédés et nous ont empêchés de le vérifier. 

Sur la plupart des pentes de ces sommets poussent des arbustes épineux qui appartiennent à la catégorie des sarcopoterium spinosum, bien qu'à certains endroits, la profondeur de la terre permet l'implantation de cistus monspeliensis, une fleur blanche brillante ressemblant à une rose. Cette dernière espèce fait partie des raretés de la Turquie (elle est plus fréquente à l'ouest du bassin méditerranéen) et fut ajoutée à la flore turque dans les années 1980 seulement. Bien que le couvert végétal de cette côte semble très sombre et uniforme, la flore est étonnement riche. Au printemps, on peut partir à la recherche des petites roses plates d'un vert sombre dont les feuilles sont dentelées et dont le centre de la fleur est mauve. C'est la mandragore, mandragorum autumnalis, une plante connue depuis longtemps pour les vertus médicinales de sa racine. La tradition dit que si on tire les extrémités de ses racines tubérisées et bifurquées qui rappellent la forme d'un corps humain, on entend une sorte de cri dont le son peut mener à la folie. C'est donc à des chiens que l'on confie le travail de récolte de ces racines et afin de les y contraindre, on les attache aux plantes et on leur couvre les oreilles. Personne ne s'imagine ce qu'endurent ces chiens. Cependant, il ne faut pas être tenté de faire comme eux car toute la plante est toxique à l'exception du fruit doré à la forme ovale.

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Mandragorum autumnalis

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narcisus

Dès que les pluies d'automne inondent les pentes desséchées par l'été, les pointes bleues du scilla autumnalis et la minuscule jonquille narcissus serotinus apparaissent par milliers sur la côte. Il est intéressant d'observer cette jonquille car chaque fleur a exactement la forme d'un œil de faisan, possède la même douceur et dégage une intense fragrance. 

Quelques-unes des plus belles plantes de la péninsule se trouvent sur les plus hautes falaises. En avril, la plus spectaculaire des lavandes, limonium sinuatum, a l'apparence d'un bulbe chauve d'un violet intense. C'est l'ancêtre sauvage de la "statice" plus courante chez les fleuristes. En l'observant, on voit que la fleur violette n'est pas une véritable fleur. C'est dans des bractées violettes que se nichent ces fleurs à l'aspect jaune crème, de la même manière que dans les bougainvillées. Plus tard dans l'année, on peut trouver deux types de fleurs distinctes sur les falaises : L'helichrysum orientale (un parent de la dernière fleur) et silene fabaria. Les feuilles claires et bleues-vertes de cette dernière espèce sont plus proches du beau crassula. 


Pour le visiteur passionné - et chanceux - il est possible d'apercevoir le phoque moine de la Méditerranée. Cet animal timide et insaisissable est réputé fréquenter la côte rocheuse de la péninsule qui a été déclarée zone protégée pour aider à la conservation de cette espèce en voie de disparition. Cette espèce était autrefois assez répandue tout autour de la Méditerranée jusqu'aux côtes turques et bulgares de la Mer Noire. Aujourd'hui, la pollution de l'eau, les nuisances provoquées par l'homme et les pièges que sont les filets de pêche, ont favorisé la disparition de cette espèce. Aujourd'hui, on la classe parmi les dix espèces les plus menacées au monde. 

Dans un environnement d'immenses roches de granit et bordé par un profond abîme, le petit village abandonné de Sandima est un endroit idéal pour savourer l'atmosphère particulière de la péninsule de Bodrum. Jusqu'en 1923, le village était habité par des Grecs mais il fut évacué pour des raisons politiques à l'époque où les populations turques et grecques furent échangées. Aujourd'hui, seules deux maisons sont occupées dans cet endroit désolé. D'imposantes plantes comme l'agave americana centenaire et le poirier piquant opuntia ficus-indica parsèment le village, mais seul le botaniste est capable de les identifier. Au printemps, on peut trouver parmi les plantes à bulbe des orchidées comme l'orchidée sainte orchis sancta, comme la petit biarum tenuifolium dont les fleurs marron-noir apparaissent en avril-mai. Des lauriers-roses offrent un spectacle haut en couleur le long de la rivière et leurs fleurs roses sont toutes écloses en juillet. Un peu plus tard dans l'année, on peut apercevoir de loin, ici et là, dans la moitié est du village, des massifs de surprenants sternbergia lutea jaunes. Des recherches récentes montrent que cette plante que l'on a longtemps pensée originaire de Turquie est en fait une ancienne plante importée de Grèce ou d'ailleurs. Elle est toujours associée à des villages turcs mais il faut la chercher dans des sites naturels. Ce village abandonné est si désolé qu'il n'y a que dans ce vieil endroit que l'on peut trouver des plantes sauvages intéressantes. Le delphinium staphisagria aux pointes bleues pousse autour du cimetière, tandis que l'adiantum capillus-veneris qui aime l'humidité grimpe le long de la paroi du puits au centre du village. Cette plante pousse habituellement sur des falaises humides. A Lavanta, Maria et Tosun peuvent vous indiquer comment accéder à ce village depuis l'hôtel. C'est une randonnée qui dure environ deux heures et qui est très agréable. 

L'une des choses les plus étonnantes à découvrir dans les environs de Yalikavak est la palmeraie de Gölköy située à la pointe est de la baie de Türkbükü. Le village de Gölköy - littéralement "village du lac" - tient son nom d'un lac relativement étendu mais peu profond situé au fond de la petite plaine côtière, à l'arrière et à l'est du village. Si l'on s'attend à une vaste étendue d'eau, on est déçu car la plus grande partie du lac est sèche à de nombreuses périodes de l'année. Cependant, il subsiste un petit lac d'environ 5 hectares, alimenté par des ruisseaux provenant d'un sommet calcaire voisin. Les palmiers sont proches de ce lac. Une étude récente a dénombré environ 200 sujets d'une hauteur de plus de 8 mètres. Pour ce qui est de leur identité, on manque de certitudes. On pense qu'il s'agit d'une sous-espèce du palmier crétois phoenix theophrasti ou une espèce hybride entre ce dernier et le palmier dattier cultivé phoenix dactylifera. Comme cette dernière espèce n'est pas connue comme une plante sauvage, les sujets de Gölköy représentent peut-être les plus proches parents sauvages du dattier que l'on rencontre aujourd'hui dans des sites naturels.


LE SUD DE LA PENINSULE

menderes.JPGLe magnifique lac Bafa abrité derrière le massif du Bati Mentese Daglari, le nombre important de lagunes et de marais salants du delta Büyük Menderes, le haut promontoire du parc national Dilek Yarimadasi et quelques sites archéologiques importants, font de cette excursion un "must" à la fois pour les naturalistes - en particulier ceux qui observent les oiseaux - et les amoureux de sites historiques.

ORCHIDEES DE LA REGION DE BODRUM


Les nombreux orchis.JPG amateurs de fleurs qui séjournent autour de la Méditerranée ont une prédilection pour les nombreuses orchidées qui atteignent leur plénitude en avril et au début du mois de mai. La région de Bodrum comprend de nombreuses espèces d'orchidées. Sur les 148 espèces dénombrées en Turquie, pas moins de 52 l'ont été dans la région de Bodrum et de Milas. Avec une telle diversité d'espèces, il est difficile d'en mentionner quelques-unes en particulier. Les deux plus importants sites d'orchidées de la région sont peut-être la pinède qui se trouve au nord-est de Milas et les versants calcaires couverts de buissons, en particulier dans le secteur de Torba. Le plus intéressant dans la pinède est de voir les flèches blanches luisantes du helleborine cephalantera epipactoides et les fleurs qui ressemblent à des lézards du comperia comperiana. La dernière espèce est peut-être l'orchidée la plus recherchée en Europe par les amateurs et c'est peut-être la plus commune sur les collines des environs de Milas, plus que partout ailleurs sur terre. En allant à Torba, les orchidées les plus fascinantes à voir sont peut-être les orchidées-abeilles ou araignées, appartenant au genre ophrys : ces fleurs sont butinées par des insectes qui sont pris au piège, croyant avoir à faire aux insectes auxquels les fleurs ressemblent. l'ophrys omegaifera très rare en Turquie, et l'ophrys homeri, sont les deux espèces les plus difficiles à trouver : la dernière des deux n'a été vue qu'en trois endroits dans le secteur de Torba et de Karaova (Mumcular) et elle est inconnue ailleurs. 

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Aceras Anthropophorum

En quittant Lavanta par la route principale qui mène à Milas, quelques kilomètres après le croisement qui permet de prendre la direction de l'aéroport, Iasos est clairement indiqué sur la gauche (17 km). La route serpente entre les champs de coton, à travers la plaine de Saryçay, avant de remonter doucement vers le Sud jusqu'aux sommets calcaires. A cet endroit, on peut jouir de beaux points de vue vers le delta Güllük, un désert de grands roseaux, de bassins secrets, et voir les grappes de fleurs roses des abondants buissons de tamaris en été. Bien qu'endommagés par les canalisations et la construction du nouvel aéroport, les marais ont toujours une importance considérable pour les cormorans pygmées qui s'arrêtent ici pendant leur migration. Les amateurs passionnés d'oiseaux doivent guetter le martin-pêcheur blanc et le bigarré qui se reproduisaient ici autrefois. 

iassos.JPG Le chemin qui mène à Iasos est bien indiqué. Aux abords du village de Kiyikislacik, lorsqu'on traverse la pointe humide de la baie, "l'île" sur laquelle se situe Iasos est à gauche de la route. L'histoire de Iasos est longue et complexe. Elle remonte au moins jusqu'au début du IIème siècle avant J-C. et on y trouve la trace des Grecs, des habitants de Sparte, des Perses, des Cariens et des Romains. Le travail effectué par une équipe d'archéologues italiens depuis les années 1960 a mis à jour une agora et un bouleterion (lieu où se tenait le conseil législatif), et parmi les nombreux vestiges, des remparts datant du IVème siècle avant J-C. Cependant, malgré le nombre considérable de vestiges qui subsistent aujourd'hui, la chose la plus agréable à faire est peut-être de se promener sur ce site et d'en savourer l'atmosphère, d'aller sur l'acropole qui se trouve au sommet de la principale colline, d'imaginer l'histoire qui demeure toujours enfouie sous terre, et de profiter des magnifiques vues sur la mer que l'on aperçoit au travers d'innombrables oliviers. Le spectaculaire arum du dragon dracunculus vulgaris, un parent du lys calla avec ses larges fleurs, à la couleur et à l'odeur fétide de viande avariée, est abondant sur la colline au printemps, tandis que le cyclamen hederifolium fleurit à l'automne, et que la minuscule orchidée blanche spiranthes spiralis à l'allure d'une boucle de cheveux, pousse fin octobre dans les ruines. 


En quittant Iasos, il faut reprendre la route de l'aller sur quelques kilomètres à travers la petite plaine qui se trouve derrière le village. Au croisement commence une petite route en tarmac qui mène à travers les forêts de pins, les bois d'oliviers centenaires, et qui traverse quelques petits villages dont l'atmosphère traditionnelle est demeurée intacte. Les visiteurs qui découvrent l'endroit à l'automne pourront apercevoir les grandes fleurs jaunes à forme de godets du sternbergia clusiana, c'est LA plante qu'il faut voir. Elle est dans sa plénitude les jours suivant immédiatement les premières pluies d'automne et elle pousse dans les vergers et les champs qui entourent les habitations. Elle est particulièrement jolie dans le cimetière et autour des paddocks du village de Gürçamlar. 

La route traverse Gürçamlar et Kazykly avant de redescendre vers la plaine côtière qui entoure la baie Akbück. De trop nombreuses résidences secondaires, maisons construites en bandes comme des cubes alignés d'une blancheur provocante sur certaines parties de la plaine et sur les versants pentus, altèrent beaucoup l'aspect sauvage de ce maquis exposé aux vents, que dominent des fraisiers et l'hypericum empetrifolium aux feuilles pointues. Il ne faut donc pas tarder à découvrir Didymes. C'est quelque chose de tout à fait irréel de voir les colonnes monumentales du temple d'Apollon à Didymes qui dominent les immeubles sombres et préfabriqués de cette sinistre ville frontière. Mesurant 109 mètres sur 51, et constitué de 108 énormes colonnes, cet édifice est un des plus grands monuments de l'Antiquité. Malgré sa situation aux portes de la ville, des tortues se promènent toujours entre les blocs de maçonnerie, et à la fin de l'été, les fleurs du plumbago europaea (un parent proche du plumbago bleu pâle subtropical) poussent dans les fentes des pierres en ruine. C'est véritablement un site à ne pas manquer. 

En laissant le temple sur votre gauche et une ancienne église aujourd'hui utilisée comme mosquée sur votre droite, on suit la route dans une direction Nord-Ouest à la sortie du village, le long de la côte ouest de la péninsule. Après 15 kilomètres environ, la route passe par le village d'Akköy. A gauche dans le village, se diriger vers les sites historiques de Priène et de Millet. Les passionnés d'oiseaux, avec un véhicule adapté, prendront le chemin de terre qui commence à quelques centaines de mètres au-delà du croisement (marqué par le signe "parc national" représenté par un pélican jaune). Cette piste serpente sur quelques kilomètres avant de tomber sur le grand marais salant du delta Büyük Menderes. La piste continue le long d'une nouvelle chaussée en pierre ressortant des marais sur la droite jusqu'à la rivière Menderes, d'où l'on a de magnifiques vues de la péninsule Dilek, dont les sommets s'élèvent à 1 237 mètres au-dessus des sombres marais. Le panorama est impressionnant. A la fin de la piste, un ensemble de cabanes -qui semblent surgir de la surface de la mer - forment le centre d'une industrie traditionnelle de pêche utilisant de petits bateaux et une série de filets de pêche - Dalyan en Turc - qui sont installés sur de nombreux kilomètres le long de la baie. Le delta et la péninsule Dilek sont protégés et classés "parc national". C'est une étendue de 277 kilomètres carrés. La pointe rocheuse de la péninsule est célèbre pour ses forêts sauvages et la richesse de sa flore. C'est un des derniers endroits en Turquie où le léopard d'Anatolie survit encore. C'est dans cette espèce de léopards que l'on dénombre le plus d'individus sur terre, dépassant même en nombre celle des plaines d'Afrique. Les marais et les lagunes du delta sont d'une grande importance au niveau international pour leur richesse en oiseaux. Les pélicans dalmatiens, le pluvier et le pratincole font partie des espèces les plus rares. Les volées d'oiseaux sont importantes en hiver. Le grand flamant rose, le cormoran pygmée, le pélican dalmatien et les avocettes impressionneront le plus.

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Pecin Kalesi, Milas

En revenant sur la route principale il est possible de faire un détour par la gauche en passant dans les magnifiques cités historiques de Priène et de Millet. Cependant, ces sites méritent une visite approfondie. En tournant à droite et en revenant dans le village Akköy, on peut suivre les panneaux Söke et Milas. Aprrès 7 kilomètres, on rejoint la route principale reliant Söke et Milas. Les fervents observateurs d'oiseaux voudront peut-être visiter les importants lits de roseaux à la pointe ouest du lac Bafa. Si c'est votre cas, empruntez la petite piste après un rond-point. Après quelques kilomètres, cette piste rejoint un affluent majeur qui se jette dans le lac. On longe la rive droite de cette rivière pour atteindre le bord du lac (prenez garde aux chiens !).

La plupart des visiteurs préfèrent cependant admirer la beauté sauvage du paysage que représente le lac Bafa (Bafa Gölü) depuis le village d'Herakleia sur la rive nord-est du lac. On l'atteint en prenant à droite au plus important rond-point mentionné plus haut. Après 24 kilomètres à travers les collines recouvertes d'oliviers, le long de la rive du lac avant de tourner à gauche au village de Camiçi, on effectue les 10 derniers kilomètres jusqu'à Herakleia (Kapikiri aujourd'hui). Situé en-dessous des sommets découpés du Baty Mentese Daglary (anciennement Latmus) et au bord du lac Bafa s'étendant sur 30 kilomètres, l'ancienne ville d'Herakleia, sous le Latmus, est un des plus beaux sites de Turquie. Les ruines de cette cité sont disséminées parmi les monumentales masses de granit - les anciennes chutes de pierres des sommets qui dominent le site - et sont inextricablement mêlées aux maisons du village moderne. Les murailles de la cité hellénistique s'étendant sur 6 kilomètres et demeurant dans un excellent état de conservation sont les plus importants vestiges qui subsistent aujourd'hui : cependant, les visiteurs choisiront peut-être de se reposer dans l'une des petites tavernes de la côte en se contentant de s'imprégner de l'histoire du site. De nombreux auteurs anciens, associent Herakleia à la légende d'Endymion immortalisée par des écrivains et des poètes tels que Shakespeare et Keats. C'est ici qu'Endymion a persuadé Zeus de l'autoriser à reposer pour l'éternité dans une des grottes de la montagne. Séléné lui apparut, l'aima follement, passa une nuit avec lui sans réussir à le tirer de son sommeil. A une époque plus récente, des ermites et des moines pensaient qu'Endymion était un saint chrétien car ils admiraient sa capacité à demeurer maître de soi. D'autres ont assimilé son indifférence à la catatonie. Néanmoins, sans même se réveiller, Endymion donna 50 filles à Séléné. 

Herakleia est aussi un endroit stratégique pour observer la diversité d'oiseaux du lac. L'importance de cette faune est connue au plan international à cause de ses pratincoles et de ses pluviers ainsi que pour plus de 91 000 volatiles aquatiques incluant de nombreuses volées de grèbes à la crête importante et au bec noir, de pochards et de foulques. De nombreux pélicans dalmatiens en provenance des environs du delta Menderes fréquentent souvent cet endroit.

En revenant vers la route qui relie Söke à Milas par le même chemin, on prend à gauche par la route principale pour revenir à Lavanta. Un dernier site mérite d'être mentionné. C'est l'ancienne cité d'Euromos, située à environ 4 kilomètres au-delà du village de Selimiye. On peut difficilement manquer ce site en raison du monument le mieux préservé de la cité, le temple de Zeus qui surgit parmi les oliviers à quelques mètres à peine de la route principale avec 16 de ses colonnes toujours en place. C'est l'un des temples, les mieux préservés de Turquie.


LE CŒUR DE LA CARIE

Des cités perdues de l'Antiquité se nichent dans les pinèdes qui recouvrent les collines. Au-dessus de Milas, on peut passer une journée merveilleuse en voiture ou en jeep pour venir découvrir les nombreuses espèces de fleurs rares.

UNE FOULE D'OISEAUX

La côte égéenne est riche en oiseaux. Des espèces intéressantes et inconnues ailleurs en Europe Occidentale vivent à demeure toute l'année dans les jardins, les vergers et les champs d'oliviers, de même que les espèces qui ne viennent qu'en été. A Lavanta, même hors saison, des geais, des rouges-queues sombres et des fauvettes sardes (avec un plumage noir et des yeux comme des rubis) peuvent être facilement observés autour de l'hôtel. Sur certains des sites historiques, le rock nuthaches vit parmi les pierres et les chukar partridges peuvent être aperçus en se promenant sur les collines pierreuses et les falaises. Des nids de cigognes sont toujours présents dans de nombreux villages, souvent perchés sur des pylônes.
La côte offre trois magnifiques "Important Bird Areas" (IBAs) reconnues à l'échelle internationale en raison de la diversité des espèces d'oiseaux : le delta Güllük, le lac Bafa et le Grand Delta Menderes. Là, des oiseaux marins sont nombreux dans les marécages et certains appartiennent à des espèces rares. Les experts seraient emballés par les "LBJs" (Little Brown Jobs) qui se trouvent dans les roseaux, mais chaque visiteur est toujours enchanté par le spectacle qu'offrent les flamants roses et les pélicans dalmatiens. Et à Bafa Gölü, il y a toujours un espoir de voir le plus grand prédateur d'Europe, le majestueux aigle blanc. 

Le Gökbel Daglary et le Baty Mentese Daglary (noms donnés après la dynastie turque Mentese) sont les imposants sommets qui s'élèvent au nord et au nord-est de Milas. Cette excursion commence et se termine à Milas et passe par les cités antiques de Labranda et d'Alinda. Depuis Lavanta, il faut se rendre au grand carrefour à la périphérie de Milas et tourner à gauche dans la direction de Söke. Après labranda.JPG quelques kilomètres, on se dirige vers Labranda à droite et l'on parcourt 14 kilomètres. Il y a peu de temps encore, la route n'était pas terminée. Aujourd'hui, cette route serpente à travers les montagnes. A chaque virage le paysage change. On voit parfois des apiculteurs posant leur ruches bleues et blanches, mais la route permet souvent de superbes vues sur les montagnes au loin et les vastes forêts qui les recouvrent. C'est un paysage sensationnel qui entoure de grosses masses de granit à la forme arrondie, cette forme que l'on retrouve dans les innombrables pins parasols et pins sylvestres pinus pinea. Le pin sylvestre est une espèce plutôt locale en Turquie. Environ 30 000 hectares de ces pins subsistent et les sujets que l'on rencontre à cet endroit appartiennent à deux des plus importantes espèces de Turquie. Ils jouent une rôle important pour les habitants au plan économique, en particulier pour ceux qui exploitent la pomme de pin. Pendant que l'on visite de cet endroit on peut apercevoir des paysans récolter les cônes.

Les murs cyclopéens de couleur marron de Labranda sont élevés sur les petites terrasses qu'on aperçoit depuis la forêt, parmi les pistachiers sauvages et les peupliers qui virent au rouge intense et au jaune à l'automne. Un sanctuaire fut établi sur ce site par les Cariens pour honorer Zeus Stratius. En fait, les grandes structures visibles sur le site aujourd'hui furent érigées plus tard par les frères Mausole et Idrieus qui adoptèrent le culte de Zeus Stratus. Ce site inclut les imposants vestiges d'un bel Andron, un édifice religieux réservé aux hommes. La légende dit que dans le temple une fontaine contenait des poissons apprivoisés, portant des colliers et des boucles d'oreilles en or, et que l'on nourrissait à la main : la maison abritant cette fontaine, et qui subsiste toujours, peut-elle faire croire à cette légende ? Labranda est un site impressionnant mais pour la plupart des visiteurs, c'est la sublime beauté du site et son atmosphère qui laissent les souvenirs les plus forts. Ce site est un lieu idéal pour observer la plus importante plante de ces collines, le magnifique cyclamen mirabile de couleur rose, qui est particulièrement beau en octobre et début novembre. Ce cyclamen est typique des collines de cette région mais son origine reste un mystère. Découverte en 1905, les quelques spécimens que l'on a introduit dans des jardins en Allemagne ont péri, tandis que les fleurs séchées qui étaient conservées dans des musées furent détruites lors des bombardements de Berlin. La plante est devenue une légende jusqu'à ce qu'on la redécouvre (à Cine) quelque 50 ans plus tard : seuls quelques jardiniers eurent la chance de posséder à ce moment-là des tubercules vivants de ce trésor et ils n'en conservèrent que ceux qui pouvaient être cultivés. Ce fut avec horreur que les amoureux de la nature et les amateurs virent des centaines de milliers de tubercules envahir les rayons des supermarchés d'Europe. En réponse à cet état de fait, les conservateurs de Turquie et d'Europe s'allièrent pour mettre en place des champs de culture durable dans le but d'éliminer le commerce sauvage de telle ou telle plante à bulbe. Aujourd'hui, les cyclamens et les perce-neige cultivés font partie des plantes à bulbe exportés vers l'Europe tandis que le commerce des espèces très rares comme le cyclamen mirabele a été interdit.

En quittant Labranda, on monte vers la colline. Après 9 kilomètres environ, la route redescend vers une plaine envahie de pins sylvestres près du village de Hatipkisla. Au premier grand carrefour il faut tourner à gauche et poursuivre sur 5 kilomètres environ jusqu'à la petite ville de Karpuzlu : au centre du village, un petit tournant conduit à une étroite rue en pente qui mène à l'ancien site d'Alinda. Une petite promenade conduit le long d'une étroite voie, entre les maisons du vieux village, jusqu'à la grande agora (place du marché) de l'ancienne cité. La cité historique s'étale parmi les oliviers jusqu'à l'acropole qui surplombe le site, et conserve un ensemble de petites structures comme les vestiges du théâtre datant de la période hellénistique. La stéréotomie à Alinda n'est pas aussi fine que sur d'autres sites plus connus mais l'importance des réalisations en marbre de cette cité - combiné avec l'atmosphère du lieu - en fait un des sites les plus importants de la région. Comme le dit l'archéologue et écrivain Georges Bean : "aucun visiteur ne quitte ce lieu déçu". Pour les amoureux des fleurs, on retrouve ici le Cyclamen mirabile parmi les crocus.

En quittant Alinda, les visiteurs peuvent suivre la direction de Cine, avec la possibilité de voir en chemin l'ancien site d'Alabanda, ou revenir sur leurs pas vers Milas. Sauf si l'on est tenté de prolonger la journée, il est recommandé de choisir la deuxième solution : s'éloigner de Karpuzlu de 5 kilomètres en prenant à gauche pour poursuivre la route circulaire du retour en passant devant le Réservoir Gediz afin de retomber finalement sur la plaine de Milas. 


LE LONG DU GOLFE DE GÖKOVA

Les grands rocs calcaires et les vastes forêts de pins calabrais, la possibilité de nager sur des plages vierges, et les vues panoramiques de la péninsule de Datça le long du golfe de Gökova, sont l'occasion d'une belle excursion pour les visiteurs aventureux.

Cette excursion commence près de la ville de Milas. En arrivant de Lavanta, prendre à Milas le premier virage à droite - dans la direction d'Ören - 50 mètres seulement après le grand carrefour qui termine la ville. Ceux qui partent pour une longue journée voudront peut-être passer une heure ou deux à Peçin Kalesi situé sur la colline, juste un kilomètre au-delà du carrefour. Mais vu la durée de l'excursion, il est peut-être préférable de réserver cet arrêt pour une autre occasion. Pour rejoindre le petit village de Peçin Kalesi, il faut prendre la deuxième route à droite sur environ 1 kilomètre. En revenant sur la route d'Ören, la première partie de la route, jusqu'à Ören même, serpente à travers les collines découvertes et boisées, mais ce paysage a été en partie gâché par une exploitation minière de lignite. Il est donc préférable de ne pas s'attarder et de poursuivre jusqu'à la côte. Les derniers kilomètres parcourent les sommets calcaires : il faut observer les arbres à caoutchouc, liquidambar orientalis. Ils se distinguent du platane sauvage qui pousse comme eux dans le lit de la rivière par ses feuilles plus petites, plus sombres, ressemblant aux feuilles de l'érable. Cet arbre se trouve seulement au sud-ouest de l'Anatolie et sur l'île proche de Rhodes et est un remarquable vestige de l'ère tertiaire - un peu comme un fossile vivant - alors que l'arbre était largement répandu sur tout le nord des régions tempérées et surtout en Europe. Plus récemment cet arbre a fourni une importante quantité de caoutchouc, une résine de valeur utilisée dans la fabrication de parfums, mais ce commerce a été interdit en raison de la rareté et de l'importance de cet arbre.

En atteignant la côte, à la mine de charbon de Kemerköy, il faut tourner à gauche vers Ören. Le nom signifie "ruines" et la ville est située sur et parmi les vestiges de l'antique Ceramus. Les archéologues négligent ce site car il est pillé et très dégradé, mais il demeure aussi fascinant que pittoresque car de grandes structures subsistent encore intactes. Des porches et des allées du site se dégagent une atmosphère particulière et un sentiment d'éternité. On voit du linge étendu sous les voûtes historiques, des poules picorer près des ruines des murs cyclopéens et la végétation envahir les fondations des vestiges anciens. Au pied du sommet calcaire de Kiran Daglary, Ören est donc un village animé qui se mêle subtilement à l'ancien et qui conserve aujourd'hui son atmosphère magique.

Cela vaut la peine de faire un détour de quelques kilomètres jusqu'à la vallée où coule la rivière Koca Çayi qui se jette dans le mer à cet endroit. De grands rochers de calcaire émergent des forêts de pins calabrais : dans les sous-bois, on peut voir de nombreuses fleurs, en particulier des fleurs à la corolle rayée vert-olive et blanc, l'arisarum vulgare, abondantes au printemps et parfois visible à l'automne. Le cyclamen hederifolium rose est très commun en automne. Les plus observateurs remarqueront les fleurs d'un rose intense du colchicum variegatum. Pour ceux qui s'intéressent particulièrement à l'histoire, lorsqu'on traverse la vallée où coule cette rivière, on peut éventuellement apercevoir les restes d'un système de petits aqueducs qui alimentaient Ceramus en eau. 

En revenant sur ses pas jusqu'à la mine de charbon, au lieu de tourner vers l'intérieur des terres, on peut poursuivre le long de la côte pour atteindre la route méritée du retour en direction de Mumcular (Karaova) et de Lavanta. Durant les premiers kilomètres, la route longe la côte où quelques criques et plages sont toujours préservées et où l'eau limpide invite à la baignade. Pourtant, il faut pas s'attendre à du sable fin, car ce sont des plages de galets. Après un moment, la route part vers l'intérieur des terres et traverse des paysages ayant peu changé depuis des siècles. C'est le paysage méditerranéen typique : la petite route suit les vallonnements naturels, descend vers les gorges et monte le long des crêtes avec une extraordinaire vue panoramique à 180° de la péninsule toujours préservée de Datça, dominant le décor du golfe de Gökova. On est impressionné par l'importance des pinèdes de la région : c'est un aperçu de ce à quoi ressemblaient les côtes méditerranéennes il y a quelques milliers d'années et un rappel poignant de l'intensité avec laquelle l'homme a transformé le paysage au sud de l'Europe.

Il est difficile de conseiller des directions précises pour la traversée des villages de la région. Toutes les routes sont belles et les autochtones se feront une joie de vous diriger vers la route principale reliant Milas à Bodrum. Il suffit de demander Bodrum. 

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